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Lettre aux mamans fatiguées

Toi. Et toi. Et toi aussi, là bas : inutile de te cacher sous ton anti-cernes, je sais que tu es fatiguée. Écoute, maman, il faut absolument qu’on en parle, et j’ai des trucs à te dire. Alors voilà ma lettre aux mamans fatiguées.

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Avez-vous remarqué ? Quand on aborde la question de la fatigue des mamans, il y a une sorte de frontière infranchissable, genre muraille de Chine mais en moche : la fatigue de maman n’existe qu’après l’accouchement !

A ce moment précis, là, ça y va ! A grand renfort d’articles ou de billets de blog -et nous, les Drôles de Mums, ne faisons pas exception – on parle de la fatigue (légitime) de la jeune maman. Fatigue de l’accouchement, fatigue de l’allaitement, fatigue des nuits en tranches napolitaines…

Ok, c’est vrai, on ne dit pas le contraire. Mais passés les premiers temps de la maternité, hop, c’est comme si la fatigue n’avait plus droit de cité pour les mamans.

Tu ne viens pas d’accoucher, donc tu n’as plus d’excuse pour être fatiguée. Discours implicite, fortuit, induit… et dévastateur. Parce qu’il arrive un moment où maman n’ose plus dire qu’elle est fatiguée. Et pourtant…

La fatigue n’est pas un droit : c’est une fatalité !

Si j’embrasse bien chaleureusement toutes les jeunes mamans, je les invite à revenir dans quelques mois pour relire cette lettre aux mamans fatiguées.

Toutes les autres, celles qui ont des enfants, quel que soit leur âge.

Celles qui ont toujours une lumière allumée dans la tête, même quand elles dorment;

Celles qui ont toujours quelque chose à faire, mais pas pour elles;

Celles à qui on dit « prends du temps pour toi » et qui n’ont PAS le temps de prendre du temps.

A ce propos : prendre du temps pour soi est peut-être la pire blague qu’on puisse me faire.

Sérieux, ça veut dire quoi ?

Me laver les cheveux ?

Pardon, mais pour moi, c’est simplement un truc normal d’hygiène de base, pas un moment sacralisé « rien que pour moi ».

Non ?

Voilà le problème : non seulement maman est fatiguée, mais en plus on enfonce le clou dans ses cernes avec cette injonction « prends du temps pour toi ».

Ou quand un acte basique prend l’apparence de la découverte d’une licorne, ça devient grave.

Pour la reconnaissance de la fatigue des mamans

Voilà, je milite. Tu viens avec moi ?

Les mamans fatiguées le sont parce que c’est la vie. Ok, mais est-ce qu’on se contente de ça ou on réfléchit un peu ?

Les mamans sont fatiguées parce qu’elles s’occupent de leur(s) enfant(s), et que ça ne se « réduit » pas à préparer à manger et donner le bain.

Non-non, il y a tout le reste : élever, éduquer, transmettre, répondre, soigner, expliquer, câliner, froncer les sourcils, gronder, embrasser, consoler, danser, aimer (liste non exhaustive).

Les mamans sont fatiguées parce qu’elles puisent quasiment en permanence au fond d’elles pour tout assumer.

A ce moment précis, il y a peut-être quelqu’un qui se dit « et les papas ? ».

Bonne question, mon chaton, et mettons-nous tout de suite d’accord : je ne dis pas que les papas sont absents, je ne dis pas qu’ils ne sont pas sujets à la fatigue, je ne dis rien, ok ?

C’est juste que là, c’est une lettre aux mamans fatiguées, mais leur tour viendra (je suis une égalitariste).

Voilà pourquoi les mamans sont fatiguées

Les mamans sont fatiguées parce que, quel que soit leur enfant – « différent » comme on dit, turbulent, adorable, pénible, calme, ect… bref, un enfant – elles investissent leur coeur ET leur corps pour elle ou lui.

Les mamans sont fatiguées parce que quand elles deviennent mère, elles ne le savent pas mais elles n’auront plus de répit (mais t’inquiètes, c’est aussi ce qui fait ta force maman).

Les mamans sont fatiguées parce que même si elles ont quelqu’un à leurs côtés pour partager les tâches et autres trucs du quotidien, ce sont elles qui se tapent la majorité des choses.

Les mamans sont fatiguées parce qu’on ne reconnait pas leur fatigue.

Parce qu’il y a TOUJOURS un truc à faire.

Parce qu’une soirée soirée cool se planifie TROP longtemps à l’avance.

Ah oui, et puis il y a aussi le fait qu’elles sont obligées d’être un peu parfaites, consciemment ou pas, en tant que femme, que mère, que professionnelle, que femme de ménage, que cuisinière, etc…

Et, pire encore : les mamans sont fatiguées d’être fatiguées.

Donc, chère maman fatiguée :

Parce que je n’ai pas très envie que tu attendes de faire un burn out à force d’être fatiguée, j’ai des trucs à te dire.

Tu auras compris que ça ne va pas être un truc comme « prends du temps blablabla », hein.

Par contre, si tu es fatiguée : dis-le.

A qui tu veux, tes enfants inclus.

Parles-en autour de toi, et on constate souvent avec bonheur que la solidarité féminine n’est pas faite pour les poneys.

Dis-le sans t’énerver, explique : c’est fatigant, mais ça vaut le coup.

Lâche tes « obligations » : tu n’auras pas de médaille même si ton ménage est fait, cette poussière qui traine ne mettra pas ta vie ni celle des autres en péril.

Tu as envie de dormir, un créneau pour le faire, mais un autre truc à faire ? OUBLIE : va dormir.

Tout ce qui n’est pas vital peut attendre.

Astuce pour mère fatiguée

Voilà, j’espère que je ne t’ai pas trop crevée avec cette lettre longue comme un fil dentaire.

Je te laisse sur une petite astuce de conversation dont j’use régulièrement pour faire passer le message de ma fatigue. Quand je n’ai PAS envie de bouger mes fesses, je dis :

« Je suis encore un peu fatiguée de l’accouchement. »

Oui, même si mon second enfant a quasiment 4 ans.

Ca marche hyper bien.

Vas-y, teste.

Et repose-toi, s’il te plait.

Bisous

A propos de Béatrice Knoepfler

Journaliste, auteur d'un livre de grossesse et co-auteur de deux filles tout à fait géniales, Béatrice Knoepfler est également femme de ménage (chez elle), cuisinière, lavandière, joggeuse à la petite semaine, férue de littérature et de tissus liberty et nulle en crochet. Une vraie femme moderne, comme toi ! C'est d'ailleurs pour au moins une de ces bonnes raisons que c'est ta copine et notre super rédac'chef.