Accueil » Enfant » Scolarité enfant » Chronique de maîtresse : Le choix des mots…

Chronique de maîtresse : Le choix des mots…

Le bulletin scolaire, c’est ce petit bout de papier que les parents attendent et que bon nombre d’enfants redoutent ! Émilie, auteur du blog « C’est quand la récré » est institutrice en classe de CP.  Elle nous explique pourquoi il est important de bien choisir ses mots quand on remplit les bulletins scolaires ? Découvre son témoignage.

enfant-ecole

Ça y est, j’ai enfin fini de remplir les satanés bulletins de mes CP. Je suis fière de moi, c’était une première. Je me sens comme une vraie maîtresse, légitime, remplie de satisfaction du devoir accompli. Ça fait cinq heures que je suis dessus. Je prends mon téléphone pour me détendre et j’appelle ma sœur pour avoir son avis. Elle est prof depuis plus longtemps que moi et j’ai confiance en son jugement.

– Allo ? Juliette ? C’est moi. Je suis trop contente, je viens de finir mes bulletins. Je peux te relire les appréciations que j’ai mises pour que tu me dises si ça va ?
– Oui, bien sur, vas-y, je t’écoute.
Je me mets à lire. Mes appréciations sont ponctuées des phrases toutes faites que j’ai entendues durant ma propre scolarité : « Manque de concentration, peut mieux faire, des fragilités en maths, il ne faut pas se décourager, bavard, des difficultés en lecture… ».
Juliette ne dit rien. Le silence à l’autre bout du fil en dit long.
– Alors, qu’est-ce que t’en penses ?
– Je pense que t’as bien fait de tout écrire au crayon à papier ! Tu vas pouvoir tout effacer !
Elle a raison. Elle me rappelle combien la parole d’un prof est importante. Dévaloriser un élève par écrit, c’est criminel. C’est le marquer au fer rouge. Ça peut détruire un égo, enrager des parents, démoraliser les meilleures volontés, décourager les plus faibles…
– Tu reprends à zéro et tu commences à chaque fois par quelque chose de positif.
– Même pour ceux qui sont nuls partout ?
– Surtout pour ceux qui sont nuls partout. Les notes parlent d’elles-mêmes. Pas besoin d’en rajouter avec un commentaire humiliant. Tu commences par un truc positif puis, éventuellement, tu soulignes les matières à renforcer.
– Ça va être dur.
– C’est dur.

Je raccroche. J’attrape ma gomme et c’est reparti. Je me creuse la cervelle pour trouver des choses sympas à dire au sujet de tout le monde sans porter de jugement, sans être dans la critique.
« Terrence a une imagination débordante et une mémoire spectaculaire.
Gabrielle connaît ses tables d’addition sur le bout des doigts.
Yasmine participe beaucoup à l’oral et s’intéresse tout particulièrement au domaine du vivant. »
Pour Céline, je bloque. Céline est nulle en math. Elle écrit comme un cochon. Elle ne connaît toujours pas son alphabet. Parfois je me demande sérieusement si j’arriverai à lui apprendre à lire. Elle n’est ni bonne en sport, ni en dessin. Cette enfant est un amour de petite fille, mais scolairement, piouf… Elle rame pour tout, se décourage pour un rien. Je cherche, je cherche… il y a bien un truc positif à dire sur cette gamine !
Je pense très fort à elle. Je vais y arriver. Je me figure sa crinière blonde, son sourire éclatant, son visage solaire, sa bonne humeur, sa gentillesse et sa serviabilité. J’écris :
« Céline est un rayon de soleil pour la classe. Poursuis tes efforts, ton sourire illumine notre CP.»
Et bien, que vous le croyiez ou non, la semaine suivante, quand je remets le bulletin à ses parents en main propre, le papa a les larmes aux yeux. Il me dit :
– C’est la première fois que je lis quelque chose de positif sur Céline. Merci, vous pouvez pas savoir le bien que ça fait.
Après ça -il n’y a pas de miracle- Céline a continué de galérer. Mais elle a gardé le sourire et la bonne humeur. Motivée à bloc, elle a appris à lire et n’a jamais cessé de progresser.

Pour retrouver : http://cestquandlarecre.over-blog.com

A propos de Anne-Laure Galluchon

Maman d'une adolescente en pleine puberté et d'une petite crapouillette, je suis une vraie pile électrique. Faut que ça bouge tout le temps ! On dit de moi que j'ai une sacrée répartie mais quand on est maman, on a plutôt intérêt à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Je dis tout haut ce que beaucoup de mamans pensent tout bas !